
publié le 13 mars sur Indymedia Nantes
Le précédent article visant à dessiller les yeux de certains concernant Eau et Rivières de Bretagne aurait-il fait mouche ? L’indépendance d’une association nourrie aux subventions publiques ? L’idée même est une plaisanterie. Et pourtant. La réalité est cruelle.
Certains, dont Roland Rault, voudraient nous faire croire que l’article était « à charge, bourré de préjugés et d’oublis et surtout d’une totale incompétence ». Eau et Rivières de Bretagne ne peut être à la main de l’État, en dépit d’un financement abondant et régulier voyons ! Car les plaintes d’ERB contre l’État et les collectivités sont justement couronnées de succès. CQFD ! Bref. Quand on parle argent, les gens pètent les plombs. Parlons des gens alors !
Par exemple, du secrétaire général d’ERB, Nicolas Forray, qui est l’incarnation d’un parcours entièrement façonné par l’administration d’État. Diplômé des eaux et des forêts, il devient un grand commis de l’État spécialisé dans la « gestion » de l’environnement.
Du milieu des années 2000 au mitan des années 2010, il cumule la direction de la DREAL Centre (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) et celle de l’Autorité de sûreté nucléaire pour les régions Centre et Limousin. Ce cumul n’a rien d’anodin : il consacre un haut fonctionnaire dont la qualité première est de savoir faire fonctionner le système et d’en assurer le contrôle politique et administratif. De 2014 à 2020, il prolonge sans surprise cette trajectoire d’exécutant docile à l’Inspection générale de l’Environnement et du Développement durable (CGEDD). Oui, le ministère, à Paris !
Et qu’y a-t-il fait ? Jugez plutôt. A l’automne 2014, Nicolas Forray est l’un des deux experts choisis pour évaluer l’état d’avancement du projet de barrage de Sivens. Comble du cynisme, son rapport est publié le lendemain de la mort le 26 octobre du militant écologiste Rémi Fraisse. Un rapport qui considère le projet comme nécessaire !
Nicolas Forray a aussi réalisé un état des lieux du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Dans un contexte d’opposition politique et associative extrêmement forte, il ne prend aucun risque : plutôt que de trancher clairement, il s’abrite derrière une solution intermédiaire, en plaidant soit pour une version « rétrécie » du projet, soit pour son abandon, en échange du développement de l’aéroport de Nantes-Atlantique. Bref, plus d’avions dans tous les cas !
On a connu des audaces plus folles. Cela évite soigneusement de questionner la logique même de l’expansion aéroportuaire et son impact écologique. Et de démontrer, une nouvelle fois, que l’État lui-même se fait le gardien zélé des intérêts privés ! Ha oui, n’oublions pas qu’à cette époque, François Hollande est président de la République et Ségolène Royal, ministre de l’Environnement. Les sociaux-traîtres au plus haut.
Et que dire du Vice-Président d’ERB, Christophe Le Visage, tout droit venu de la Grande Muette ! Cet ingénieur de l’armement a 20 ans de carrière au sein du Service hydrographique et océanographique de la Marine, dépendant de la Direction générale de l’armement (ministère des Armées). Le SHOM, situé à Brest, est le fournisseur attitré des données océanographiques utiles à la navigation des sous-marins nucléaires. Christophe Le Visage a ensuite travaillé au secrétariat général de la Mer (organisme interministériel placé sous l’autorité du Premier ministre), avant de prendre une retraite de l’armée bien méritée à la cinquantaine, avec le titre de chevalier de la Légion d’honneur en prime. Ça nous fait un bon militant écologiste tout ça !
Jugez vous-même ! Lors d’une réunion publique en 2005, Christophe Le Visage, alors chargé de mission au Secrétariat général de la mer, a regretté que la France s’acheminait vers une « ville linéaire » sur le littoral, du fait de la pression touristique et l’urbanisation résidentielle. Lui qui habite depuis 2019 à Melon (Sud de Porspoder) dans une maison face à la plage… Un beau symbole de la gentrification, un bel exemple de « faites ce que je dis, pas ce que je fais ».
Donc lorsque certains s’offusquent (restons polis) à l’idée qu’Eau et Rivières de Bretagne puisse être, de près ou de loin, sous influence étatique, qu’ils commencent par s’intéresser aux parcours de ses dirigeants. Forray et Le Visage sont deux symboles de ce qu’est devenue ERB. Des commis de l’État qui attendent la retraite pour se découvrir une conscience, des convertis de la dernière heure occupés à se refaire une vertu. Mais sans jamais hausser le ton outre mesure. Pas trop de bruit, pas trop de radicalité. Il faut ménager les susceptibilités de l’appareil d’État. On critique à la marge, on évite soigneusement de s’attaquer de front aux intérêts privés, on continue, avec application, à ménager la chèvre et le chou.
La COCUE (Combattre l’Opposition Contrôlée Ultramondaine Ecologiste)