La difficulté de se loger est un mal récurrent pour les habitants du Nord-Finistère. Derrière cet enjeu social majeur, les mairies – souvent tardivement – ne proposent que des réponses limitées, largement inscrites dans la logique capitaliste. Par exemple, la majoration de la taxe sur les résidences secondaires est supposé être un levier incitatif : pousser les propriétaires à remettre leurs biens sur le marché locatif à l’année. Mais cette approche est vaine car elle ne s’attaque pas aux causes profondes de la crise du logement.

Dans les régions déjà saturées par le tourisme, Airbnb agit comme une véritable machine à transformer les logements en actifs financiers. Les habitations deviennent des « meublés touristiques » destinés à générer du profit. Ce processus alimente une hausse des loyers et des prix immobiliers, rendant l’accès au logement toujours plus difficile pour les habitants locaux. Les classes populaires sont peu à peu expulsées de territoires où elles vivaient parfois depuis des générations. Les bourgs cessent d’être des lieux de vie, avec la disparition progressive des commerces de proximité. Pour les habitants qui restent, un sentiment d’isolement et de dépossession prévaut.
C’est cela, la touristification. Une violence sociale loin d’être abstraite, bien à l’œuvre sur les côtes bretonnes. Les annonces Airbnb fleurissent, les maisons et les appartements basculent vers la location saisonnière, au détriment des familles du coin qui cherchent à se loger.
Et cette mécanique destructrice prend une tournure encore plus insupportable quand ceux qui prétendent défendre la Nature participent eux-mêmes à l’économie prédatrice. Le cas de Laurent Le Berre pose une question politique de fond. Administrateur de longue date d’Eau et Rivières de Bretagne, représentant le Pays d’Iroise (Landunvez et Porspoder), il est aussi président de l’Association pour la Protection et la Promotion de la Côte des Légendes (APPCL).
D’un côté, Laurent Le Berre incarne publiquement le combat pour des plages moins polluées et pour une meilleure qualité des eaux de baignade, lui qui surfe à Penfoul. De l’autre, il est associé à une logique de valorisation patrimoniale.
L’APPCL, domiciliée à 1 route de Quilvit à Porspoder, est fondée en 1990 avec pour objet de « protéger la nature », de « promouvoir les activités vertes », mais aussi de développer des « infrastructures touristiques adaptées ». Adaptées à qui ? Aux intérêts des propriétaires et à la rente touristique ! Car à cette même adresse figure aussi une société de « location de logements », créée en mars 2018, dont Laurent Le Berre est le dirigeant.
Et que retrouve-t-on sur Airbnb ? Une maison d’un certain standing, présentée comme « trois étoiles », louée 800 euros la semaine, hors pleine saison. Voilà la réalité matérielle de la touristification : un logement capté par le marché saisonnier, retiré de l’usage résidentiel ordinaire, pendant que les habitants paient le prix de cette prédation. Et Splann de rappeler, dans une enquête publiée en janvier 2025, que 38% des logements à Porspoder sont des résidences secondaires.

Et en huit ans, cette activité n’a rien d’anecdotique : Laurent Le Berre a su se générer un petit pécule et même se transformer en vraie conciergerie. Il dispose également de deux maisons en location (pour 3 et 5 personnes) en pays Bigouden, à Plonéour Lanvern, contre la modique somme de 470 à 500 euros la semaine.


A quoi rime le discours de réclamer la protection de l’environnement et, de l’autre, alimenter un système qui expulse les habitants à bas bruit, renchérit le foncier, vide les communes de leur vie à l’année et livre le littoral à la logique du profit ? La contradiction est insupportable. Tout le monde a en tête la phrase du syndicaliste brésilien Chico Mendez : « l’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage ».
Le Finistère n’a pas besoin de ça. Protéger un territoire, ce n’est pas le mettre en vitrine. Ce n’est pas l’embellir pour mieux le louer. C’est refuser qu’il soit confisqué par la rente, par la spéculation. Rendre les paysages plus désirables pour les touristes et plus rentables pour les propriétaires : franchement ?
Est-ce cela, au fond, l’objectif d’Eau et Rivières de Bretagne ? Mener des combats légitimes pour le vivant et la santé publique mais au détriment des plus modestes ? Laurent Le Berre est-il un cas isolé, ou le symptôme d’un problème plus profond au sein des associations exclusivement écologistes ?
La COCUE (Combattre l’Opposition Contrôlée Ultramondaine Ecologiste)