Capitalisme extractiviste et écologie de façade : un ex-pétrolier à la tête d’Eau et Rivières de Bretagne

Certains vont encore en tomber de leur chaise. Mais c’est comme ça : la réalité est parfois difficile à accepter. Après avoir questionner l’indépendance d’Eau et Rivières de Bretagne nourrie aux subventions publiques – 70% du budget de l’association vient de la poche de l’administration et des « prestations » facturées aux collectivités locales (formations aux élus, classes vertes) – tout en démontrant qu’elle est cornaquée par les exécutants dociles de la haute fonction publique (Nicolas Forray, secrétaire général ; Christophe Le Visage, Vice-Président), nous voilà avec une nouvelle affaire bien embarrassante : le président, Francis Nativel, est un ancien patron de l’industrie pétrolière. Bas les masques !

Capitalisme extractiviste et écologie de façade : un ex-pétrolier à la tête d’Eau et Rivières de Bretagne

Une carrière professionnelle bâtie sur les hydrocarbures
 
Francis Nativel préside ERB depuis 2023. Un poste qu’il occupe après avoir été nommé administrateur de l’association en 2021, lui qui n’en était devenu membre qu’en 2018. Une ascension rapide, qui coïncide avec sa retraite d’un secteur bien particulier, mêlant pollution et corruption : l’industrie pétrolière.
 
Sa carrière s’est en effet déroulée au sein de l’IFP (Institut Français du Pétrole), rebaptisé depuis pompeusement IFPEN (IFP Energies Nouvelles). Pendant près de deux décennies, de 2001 à 2017, il a été Vice-Président Exécutif chez Axens, filiale commerciale spécialisée dans le raffinage et la pétrochimie.
 
Celle-ci vend des procédés développés grâce, en partie, à des financements publics, mais dont les bénéfices reviennent aux grands groupes pétroliers privés. Un bel exemple de recherche publique vouée à une industrie polluante, climaticide et écocidaire. Axens revendique un rôle dans la « transition énergétique » et les « carburants durables », une communication qui tranche avec la nature réelle de ses activités. Par exemple, en 2015, elle s’acoquine avec le régime autoritaire et corrompu d’Azerbaïdjan pour moderniser une raffinerie de la compagnie pétro gazière nationale et produire un carburant soi-disant « plus propre ». Derrière le discours écologique, l’objectif est clair : améliorer la rentabilité des infrastructures fossiles et rendre acceptable une industrie qui détruit le climat tout en permettant à un régime autoritaire de financer sa survie politique avec l’argent du pétrole et du gaz.
 
Le parcours de Francis Nativel soulève ainsi une question simple : quel regard porte sur l’urgence écologique celui qui a passé l’essentiel de sa vie professionnelle à être la cause du problème ?

La retraite en bonne conscience

Après une existence de dur labeur au service du capitalisme extractiviste, il était temps de profiter. Et quoi de mieux qu’être retraité depuis 2018 à Perros-Guirec ? Une ville, comme une bonne partie de la Côte de granit rosecomme une bonne partie de la Côte de granit rose, qui est un territoire où les résidences secondaires représentent 40 % du parc de logements (INSEE, 2022), et où les plus de 65 ans sont deux fois plus nombreux que les moins de 25 ans. Un terreau favorable à une écologie de confort, celle des classes privilégiées qui ont les moyens de leurs convictions et parfois, de leurs contradictions. Bref, des écolos bourgeois de salon, propres sur eux, qui parlent de révolution écologique sans jamais sortir de leur entre-soi social.

C’est dans ce contexte que Francis Nativel s’est engagé en politique, en figurant en quatrième position sur la liste « de gauche » « Demain Perros, l’Alternative » aux municipales de 2020, conduite par Sylvie Bourbigot, élue Les écologistes (EELV). Très impliqué dans la campagne, il s’est notamment distingué par ses critiques des « inconvénients du tourisme », listant des problèmes « d’acceptabilité par la population résidant à l’année à Perros-Guirec, la dégradation de la qualité de vie dans certains quartiers et la surfréquentation de certains lieux ». Il a également critiqué la hausse du nombre de résidences secondaires et l’artificialisation des sols.

Oui mais voilà. On croit à des positions cohérentes sauf que cela ressemble fort à « faites ce que je dis, pas ce que je fais »… Car la famille Nativel possède elle-même une villégiature à Perros-Guirec depuis les années 1960. Ou plutôt, un « pied-à-terre estival », selon la formule de Francis Nativel, dans ce jargon de caste qui transforme les privilèges en élégance de langage.

L’engagement ne s’arrête pas là. Son épouse, Mariig Nativel, est active au sein du collectif citoyen pour la transition écologique de Perros-Guirec et de la Commission Pérenne (Perrosiens ÉcoResponsables pour l’Environnement, la Nature et Nos Enfants), instance consultative de la municipalité. Dans ce cadre, elle a salué la politique de gestion de l’eau de la ville… et la subvention de 9 000 euros accordée en 2024 à Eau et Rivières de Bretagne pour la formation des élus locaux. Une association que préside son mari !

Enfin, ce détail révélateur. Pour fêter sa retraite en 2017, le couple s’est offert un mois en Antarctique à bord d’un « navire scientifique » qui ressemblait surtout à une croisière polaire pour privilégiés : 8 000 euros par personne, tout de même ! Une façon, sans doute, de tourner la page de trente ans passés à optimiser les procédés pétrochimiques qui tuent le Vivant.

La COCUE (Combattre l’Opposition Contrôlée Ultramondaine Ecologiste)

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